les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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Anne, prête-moi ta petite lampe

Quand je dois écarter les broussailles pour chercher le sentier dans la nuit,
S’il te plait, Anne, prête-moi ta petite lampe.

Tu ne la brandis pas bien haut, ni même à bout de bras, elle risquerait de s’éteindre,
mais tu la tiens à hauteur de ton coeur, tandis que l’autre main en protège la flamme...
S’il te plait, Anne prête-moi la lampe de ton coeur.

Elle est pour toi la flamme qui dit Dieu dans sa fragilité,
ton Dieu nouveau-né, tout faible entre tes mains.
Tu la caresses doucement comme pour jouer, et elle te brûle un peu les doigts.
Tu la contemples, émerveillée devant tant de pure beauté.
S’il te plaît, Anne, prête-moi la flamme qui me dira Dieu.

Quand, dans ta vie discrète, tu dois partir, seule et pieds nus dans la boue des chemins, elle t’accompagne.
Quand les grands murs des lois, des décrets, des coutumes voudraient t’empêcher de passer, de sortir, de créer, de rendre heureux le monde, elle est là.
Avec ta petite lampe, en y mettant le temps, (oh, oui, le temps !) tu trouves les fissures, les serrures des portes par où l’Esprit de Dieu cherche sans cesse à s’engouffrer.
S’il te plaît, Anne, prête-moi la lampe de ta patience.

Pour toi, elle illumine tous les visages.
Ceux de tes soeurs d’abord, et des autres aussi ; tous ces gens rencontrés, les pauvres et les servantes, les femmes et les enfants.
Ces visages humains revêtus de mystère, où tu discernes encore les traits du Bien-aimé.
Ta flamme est si douce et modeste qu’elle ne saurait brutaliser aucun.
A son approche, chacun se sent touché, reconnu, respecté, guéri de toutes ses blessures.
S’il te plaît, Anne prête-moi la lumière de ton regard.

Quand au matin tu ouvres l’Ecriture
pour y chercher les mots, pour y trouver les mots qui deviendront Parole et prières en flèche vers le Père,
de ligne en ligne et de page en page, ta lampe se promène, balladeuse et plutôt pélerine,
mendiante de sens et de saveur,
au service du Verbe qui prend chair en ton corps.
S’il te plaît, Anne, prête-moi ta lampe servante de la Parole.

Sur l’autel où se tient la rencontre de Dieu et de l’humanité,
ta lampe est posée, là, sans artifice,
pour dire ton offrande avec celle du Fils,
pour dire le coeur à coeur, et, quand tu communies, le baiser de l’Alliance.
S’il te plaît, Anne, prête-moi ta petite lampe d’autel.

La lampe de ma vie, tu le sais, si souvent, vacille, parfois semble s’éteindre.
Quand le jour baisse, quand les jambes ne vous soutiennent plus,
quand le coeur saigne,
quand les yeux, les oreilles et tout le corps décline,
et quand frappe à la porte -la porte de derrière- le compagnon du grand passage,
S’il te plaît, Anne, pour que je sache courir, dans le cortège des noces, à la rencontre de l’Epoux,
prête-moi - ou plutôt laisse-moi - la flamme de ton amour...

Soeur Marie Amélie