les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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Il était une femme… " Intuition "(3)

— Les hommes, curieusement, ont souvent souffert au cours des âges d’un mal étrange entraînant avec lui une perte impressionnante du sens de l’ouïe...
Ou bien alors la parole des femmes devait manquer de poids, elle était trop légère, elle devait s’envoler dans les airs avant d’atteindre le cornet acoustique de ces messieurs...

— Pourtant certaines femmes qui t’avaient précédée, Anne, avaient eu, quelques siècles auparavant, la prétention de déclarer à qui voulait les entendre que l’Esprit Saint, loin d’être sexiste, parlait tout aussi bien au coeur d’une femme qu’à celui d’un homme, et que tout baptisé était sur un plan d’égalité aux yeux de Dieu !

— Ainsi ces femmes mystiques se sentaient-elles aptes au ministère de la Parole tout autant que les hommes : être apôtre de Jésus Christ au milieu du monde, parler au nom de Dieu ? Oui, chose extraordinaire pour certains, une femme en était capable !

— Puis l’élan était retombé : Il est si difficile d’aller contre les principes établis !

— Toi Anne, en ce temps de basculement d’un siècle dans l’autre, tu retrouves cette liberté de penser, cette verve, cette faconde, et tu as le courage d’affirmer haut et fort :

« Il ne fait de doute pour personne que les femmes, elles aussi, peuvent enseigner la foi, elles sont créées pour le ciel aussi bien que les hommes !... »
« ...Je veux donc commencer une compagnie de filles, lesquelles après avoir vaqué à leur propre perfection, s’employassent, selon la condition du sexe, à aider au salut des âmes par leurs prières, bonne édification et instruction de la jeunesse de leur sexe, à l’imitation de St Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus ».


— Quelles que soient les difficultés rencontrées, cette intention va devenir réalité.

— Ce qui te pousse à agir, c’est cette force que tu tiens de Dieu. Tu prends conscience que l’Esprit de Dieu travaille en toi comme il travaille aussi en tout homme.
Et parce que tu as le génie de l’amour, tu réponds avec excellence au désir même de Dieu : tu t’abandonnes totalement et avec confiance aux desseins que Dieu a pour toi.

« Par sa puissance, Dieu m’aide à faire toutes mes actions ; je tâche de les faire le plus parfaitement qu’il m’est possible, afin qu’il se plaise davantage à agir avec moi et à me donner son secours. »

— Tu te découvres appelée par l’Esprit de Dieu à devenir toi-même, au milieu du monde, une déléguée, une envoyée... Bref, une apôtre, au sens littéral du terme, un témoignage vivant de la présence de Dieu au milieu du monde...

— Cet appel naît du regard que tu portes sur les choses qui t’entourent. Alors tu plonges en toi pour entrer en communion avec le Dieu qui t’habite et tu lui demandes la force et la lumière pour réaliser ces projets qu’il te souffle.

— En un mot, tu te laisses conduire.

« Seigneur, me voici, que veux-tu que je fasse ? Envoie-moi où tu veux... »

— Tu nourris cette relation intérieure par tes oraisons quotidiennes, par la communion eucharistique, par tes conversations avec ton directeur spirituel, un Jésuite évidemment - que tu es libre de choisir puisque tu ne vis pas enfermée. Avec lui tu t’assures que tu es bien sur le chemin en quête de la vérité et de la vraie vie.

— Ensuite, à chacun sa mission. Certains, à l’instar de St Paul, parcourront le monde.
Toi, tu déploieras toute ton énergie dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres, à créer des écoles pour les filles afin d’y instruire les jeunes personnes comme les Jésuites le font pour les jeunes gens.

—  Ton père, religieux à sa manière, mais ayant une certaine image de sa condition, se refusera toujours de voir le blason des Xainctonge traîné dans la poussière d’une salle de classe !
Il n’aura, comme beaucoup, jamais bien admis cet ardent désir de Dieu de voir le puissant se mettre au service des plus petits :

« Sacrilège ! Une "de Xainctonge" maîtresse d’école ! Mais de quoi donc te mêles-tu ? Enfant, déjà tu te chargeais d’enseigner les servantes à la maison, de leur transmettre ce que tu avais la chance d’apprendre ! Mais à présent, est-ce là le rôle d’une jeune fille de bonne naissance ? Maîtresse d’école ! Mais jusqu’où irons-nous ? »

— Mais toi, Anne, tu as bien compris que tout ce qui n’est pas donné est perdu. C’est là la vraie source de joie que Dieu nous a toujours proposé de découvrir.

— Tu appliques en vérité l’Evangile à la lettre... non ! Pas à la lettre ! Tu vis de l’esprit même de l’Evangile : « Le plus grand n’est pas celui qui est servi, mais celui qui sert ».

— Ainsi tu vas mettre ta vie au service de l’enseignement des filles et des femmes, les amener à prendre leur vie en main : qu’elles soient des êtres libres, capables de jugement et ce... pour la gloire du Royaume de Dieu !