les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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J’ai rencontré un visage humain de l’Eglise


Les mots qui suivent ont été prononcés par le curé d’une paroisse lors de l’enterrement d’une personne qui ne « pratiquait » pas. Les participants à cette célébration étaient nombreux à cause de la personnalité et des responsabilités de Geneviève, mais se situaient de façon très diverse au niveau de la foi chrétienne.

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Pour accueillir :

Notre présence ici est signe de respect, d’amitié, d’affection à l’égard de quelqu’un qui a marqué notre existence. Geneviève avait beaucoup d’égards pour ceux et celles qu’elle rencontrait. Elle s’intéressait à tous. Elle nous rassemble aujourd’hui dans la diversité de nos histoires, de nos convictions.

Que ces moments vécus autour d’elle dans cette église soient un temps de recueillement et de ressourcement. Elle a encore des choses à nous dire au coeur de notre conscience. Elle a encore des choses à nous montrer, de la part de l’humanité pour laquelle elle avait tant de respect, pour laquelle elle voulait tant de justice et d’amour.

  • Ceux qui croient en Dieu, parmi nous, pourront chercher en eux-mêmes, en lien avec leur foi, une source d’espérance et de lumière.
  • Ceux qui ne croient pas en Dieu, parmi nous, pourront chercher en eux-mêmes, en lien avec leurs convictions, une source de courage et de vie...

    Pour tous, en tous cas, le départ de quelqu’un que nous avons connu, estimé, aimé, laisse un goût d’inachevé, un sentiment de rupture, une souffrance.

    Que cette célébration développe en nous ce goût de l’humain que Geneviève vivait intensément et ouvre nos intelligences, nos coeurs, nos corps, aux dimensions insoupçonnées et imprévisibles de l’existence humaine.

    Nous écoutons d’abord un poème, puis deux textes de la Bible : un passage de Saint Jean, un passage de Saint Mathieu. Ces lectures nous conduisent à penser au-delà des limites de la vie humaine, en évoquant des idées, des sentiments de justice, de solidarité, d’amour.

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    Homélie :

    Notre rassemblement autour de Geneviève, avec son mari, ses enfants, et toute la famille, est un grand témoignage de solidarité.

    A l’image de Geneviève et à sa suite, cherchons à vivre le respect de l’autre, la justice, la recherche d’un vivre ensemble empreint de la grandeur de l’homme. Elle a mené tant de dossiers jusqu’à leur réalisation. Elle a cherché à alléger le fardeau de la vie, le poids des handicaps. Elle s’est intéressée à tous. Elle va laisser un grand vide.

    Nous sommes déroutés, désorientés par ce départ si rapide... Cette maladie qui s’empare d’un être humain et ne le lâche plus. Nous savons bien qu’un jour ou l’autre, nous passerons de l’autre côté, comme l’on dit. N’empêche ! Le départ de quelqu’un est toujours douloureux. Et cette douleur peut devenir quête de sens, révolte, accusation : tout cela laisse des traces en nous.

    Croyants ou non, des questions nous viennent. Nous voudrions en savoir un peu plus sur ces évènements qui marquent nos existences et l’existence de ceux qui nous entourent.
    Nous voudrions être à même de comprendre les ressorts de notre vie. Le souffle qui nous fait vivre. Ce coeur, cette intelligence, ce corps, qui forment un être humain : Quelle complexité ! Quelle splendeur ! Quel mystère !

    Dans les liens, les rapports entre les membres d’une famille, d’un groupe, d’une association, d’une cité, d’un pays, il y a des enjeux essentiels pour le développement de la dignité de l’homme et pour la relation du croyant avec son Dieu.

    Ces textes de la Bible que nous avons écoutés nous indiquent le sens de notre vie sur terre :

    « Aimez en actes et en vérité,
    et pas seulement en paroles. »
     [1]

    « J’avais faim et vous m’avez donné à manger,
    J’avais soif, et vous m’avez donné à boire,
    J’étais un étranger et vous m’avez accueilli,
    J’étais nu et vous m’avez habillé,
    J’étais malade et vous m’avez visité,
    J’étais en prison et vous êtes venu jusqu’à moi. »
     [2]

    Service de l’homme. Respect et amour de tout homme qui est en manque de nourriture, d’eau, de reconnaissance sociale, de vêtement, de santé, de liberté. Sans distinction.

    Et voilà que, d’après l’évangile, ces actions-services de l’homme sont des actions-rencontres de Jésus Christ :

    « Chaque fois que vous l’avez fait
    à l’un de ces petits qui sont mes frères,
    c’est à moi que vous l’avez fait. »
     [3]


    La foi chrétienne donne aux liens concrets de la vie quotidienne une grande valeur : c’est là que peut se forger une relation avec Dieu.

    Les chrétiens ne sont pas les seuls dans cette recherche. La vie quotidienne, le vivre ensemble, la recherche de la justice et du bien être social sont des terrains qui doivent être, devenir, la responsabilité de tous.

    Puissions-nous vivre l’aujourd’hui de notre vie comme l’aujourd’hui de l’homme à respecter et à promouvoir !

    Geneviève n’est plus là pour nous montrer encore des attitudes, des perspectives, des réalisations marquées par le sens de l’homme. Mais son souvenir peut encore travailler notre mémoire et nous souffler un esprit d’humanité et de solidarité. Avec Dieu ou sans Dieu, c’est une tâche qui nous concerne tous, à des degrés divers, quelle que soit notre situation.

    Puissions-nous devenir des éveilleurs de vie,

    des passeurs de justice,

    des témoins de l’amour.

    transcrit par Soeur Marie Bernard


Notes

[1Première lettre de Saint Jean, chapitre 3, verset 18

[2Evangile selon Saint Mathieu, chapitre 25, versets 35-36

[3Evangile selon Saint Mathieu, chapitre 25, verset 40