les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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La lectio divina
à la lumière des Pères de l’Eglise

Pour la première fois, Jean Paul II parle de la «  lectio divina  »comme d’une pratique féconde pour la vie spirituelle de tous les chrétiens.

Pour la première fois, Jean Paul II parle de la «  lectio divina  » comme d’une pratique féconde pour la vie spirituelle de tous les chrétiens. Voici ses paroles :
« Il n’y a pas de doute que le primat de la sainteté et de la prière n’est concevable qu’à partir d’une écoute renouvelée de la Parole de Dieu... Il est nécessaire, en particulier, que l’écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l’antique et toujours actuelle tradition de la « lectio divina » permettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l’existence »

Qu’est-ce donc que la lectio divina  ?
Elle est une approche priante de la Bible, considérée comme un tabernacle, un lieu provilégié de la rencontre avec Dieu le Bien Aimé. Elle provient d’une longue tradition, pratiquée par les pères du désert, elle a été mise en forme, pourrait -on dire, par un moine cistercien du 12è siècle, Guigues le Chartreux, qui décrit les étapes importantes de la « lectio divina » telle qu’elle est pratiquée, individuellement, encore aujourd’hui chez les moines.

« Rencontre vitale » nous dit Jean Paul II. Il en va de notre vie spirituelle, de notre relation à Dieu. « Ignorer les Ecritures , c’est ignorer le Christ » disait Saint Jérôme au 4è siècle. Et nous n’ignorons pas les Ecritures, nous n’ignorons pas le Christ, dans la tradition ignatienne, mais la « lectio divina » insiste spécialement sur la lecture de toute l’Ecriture, il s’agit d’une prise de connaissance un peu systématique, qui permet que les textes s’enrichissent les uns les autres, se comprennent et s’éclairent les uns par les autres.
Donc il est indispensable de fréquenter les Ecritures, mais il faut encore « être disponible pour Dieu » dit Origène et il explique qu’il faut se convertir. Le mouvement de la conversion qui nous fait nous détourner du péché, du mensonge, des futilités, nous retourne nécessairement vers le Dieu Saint et Vrai et c’est dans sa Parole en particulier que nous le rencontrons. Se convertir, se tourner vers le Seigneur, c’est donc finalement « se fiancer à sa Parole » selon une formule belle d’Origène.

« Etre disponible pour Dieu », Saint Jérôme nous dit que la règle de Saint Pacôme prescrivait aux moines, « chaque dimanche, de ne s’adonner qu’à la prière et aux lectures. » Cette règle monastique devrait être l’idéal de tout chrétien. C’était ce qui était pratiqué autrefois, dans certaines familles de croyants : on lisait la Bible en famille, dans la soirée du dimanche... Ecoutons sur ce sujet Saint Jean Chrisostome :  « Quelques uns parmi vous disent : je ne suis pas moine, j’ai une femme, des enfants, et les affaires de mon foyer dont j’ai la charge. Mais c’est là ce qui détruit tout : tu estimes la lecture des divines Ecritures réservée aux moines, alors qu’elle te serait plus nécessaire qu’à eux. Toi qui vis au milieu du monde et y reçois chaque jour des blessures, as plus grand besoin de remède. »

Les moines ne supportent pas de ne pas se nourrir de la Parole de Dieu : Ils ont à essayer de vivre, à la lettre, ce que signifie la conversion : oubli des choses du monde pour ne plus fréquenter que la Parole de Dieu. On comprend ainsi que la «  lectio divina » devienne dès l’origine, la pièce majeure de l’organisation monastique.

Mais le pape Jean Paul II souhaite que tous les chrétiens pratiquent la « lectio divina ».
Alors j’aimerais vous dire un peu ce que j’ai découvert chez les Pères de l’Eglise, en ce qui concerne cette pratique monastique. Les Pères de l’Eglise au sens strict, sont les pasteurs, écrivains de l’antiquité chrétienne, qui se sont signalés par leur doctrine, par leur explication de la Sainte Ecriture. Ce sont les plus proches, dans le temps, de l’époque apostolique. Et on sent chez eux une fraîcheur, une vigueur, un attachement à Jésus que je trouve très touchants. Ils ont beaucoup lu et relu les deux Testaments pour s’en nourrir et nourrir leurs ouailles et ce n’était pas facile d’avoir des livres à cette époque, pas facile de les déchiffrer. Ils parlent à longueur de pages de cette fréquentation de l’Ecriture Sainte. C’est que cela leur semble important pour les chrétiens.

J’ai suivi le plan indiqué par Guigues le Chartreux et l’exposé comportera donc 4 étapes dont la première est la lecture.
Dès que le croyant a connu Dieu et entendu sa Parole, il doit, comme le dit Origène, (du 2è siècle ) : « oubliant tout le reste, être disponible pour Dieu ».
Ne peut-on pas y sentir comme cette nostalgie d’Israël exprimée par le prophète Osée au chapitre 2 : « je vais la séduire, la conduire au désert et parler à son coeur. » ? Il semble que la foi tende secrètement, d’elle-même, vers cette écoute éternelle du Verbe, Parole substantielle et béatifiante du Dieu vivant. « Tu nous as fait pour Toi » murmurait Saint Augustin. Cela exige que l’on essaie de trouver les conditions optimales pour se mettre à cette écoute du Seigneur. Mais tout cela nous le savons bien !

Alors on lit, on écoute non pour savoir, mais pour éprouver.. Ce n’est pas une recherche intellectuelle, mais la recherche d’une personne, le Dieu vivant. La « lectio divina » éveille cette mystérieuse mémoire de Dieu qui réside au fond de notre être. Lire la Parole de Dieu c’est se souvenir de Dieu plutôt que d’apprendre du nouveau.
Origène, lui, dit qu’il faut pour accueillir la parole, « désensabler » nos coeurs, pour atteindre la source d’eau vive que Dieu a mise en nous.

Ecoutons encore St Ambroise (339-397), «  Lorsque je lis les Saintes Ecritures, c’est Dieu qui se promène avec moi dans le paradis ! »
Comment ne pas désirer cette promenade pendant laquelle Dieu nous prend par la main ? «  La lectio est une promenade, commentent deux moines, c’est à dire une marche libre et détendue, sans hâte, gratuite et joyeuse, ce qui implique cette liberté particulière de nous arrêter plus longuement par exemple à un mot, un peu comme une mélodie grégorienne s’arrête à certains mots en les ornant de vocalises, cette liberté qui nous fera peut être aussi reprendre et rapprocher certains membres de phrases, à la manière de Bach dans les airs des cantates. » [1]
Et c’est au cours de cette promenade, que le Seigneur se manifeste à chacun de nous comme le dit Origène : « Ce n’est pas une fois seulement que mon Seigneur Jésus est venu sur terre : il est venu également à Isaïe, il est venu à Moïse, au peuple aussi et à chacun des prophètes, il est venu ; toi non plus ne crains point : même si tu l’as déjà reçu, il reviendra à toi. »Car la parole nous met en contact direct avec la personne de Jésus.

C’est ainsi qu’ Origène, lorsqu’il commente le Cantique des Cantiques, s’écrie : « la forme divine de Jésus n’est perceptible qu’à ceux à qui il veut la révéler et qui sont prêts à accueillir cette révélation. Lorsque l’épouse, c’est à dire l’Eglise, se convertissant à Dieu, fut dépouillée du voile qui l’enveloppait (2 Co 3,16), elle aperçut son Bien Aimé sautant sur les montagnes - les livres de la loi- bondissant sur les collines - les écrits des prophètes- et cette manifestation est si évidente, si dépourvue de toute illusion qu’il n’est pas dit de l’Epoux qu’il apparaît, mais qu’il bondit, comme si, feuilletant les écrits des prophètes, elle avait vu le Christ s’en échapper et courir au devant d’elle, comme si, pour avoir quitté le voile qui la couvrait, elle voyait le Christ jaillir de chaque endroit du texte, s’élancer vers elle et lui manifester tout à coup une présence qu’elle ne peut plus mettre en doute. » Quelle image magnifique pour exprimer cette rencontre tant désirée d’un Dieu qui bondit vers nous, ses pauvres créatures, qui bondit pour nous rejoindre quand nous lisons sa Parole ! Comment ne pas désirer cette rencontre, cette présence !

Il est clair que pour en arriver là, il faut une longue fréquentation de la Parole de Dieu, Personne ne peut comprendre le sens de l’Ecriture Sainte sans en avoir acquis la familiarité par une lecture fréquente, selon ce qui est écrit : Aime la sagesse et elles t’élèvera ; elle te glorifieras si tu l’embrasses. Plus on fréquente assidûment la Parole divine, plus on en comprend les richesses, de même que la terre, plus on la cultive, plus elle porte de riches récoltes. C’est dire qu’il faudrait aller bien au delà des lectures proposées par la liturgie. Nous sommes invités à un vrai travail d’approfondissement de la Parole, pour mieux la comprendre et pour en vivre.
Car la « lectio » est une lecture de sagesse : il s’agit de faire descendre la Parole de la tête au coeur, puis du coeur, « la Parole de Dieu s’installe dans les entrailles de l’homme » selon Origène.
La «  lectio  » est écoute de la Parole de Dieu, mais surtout ouverture à une présence.

Deuxième temps, la méditation priante
Là encore les Pères sont très riches dans leurs expressions quand il s’agit de la méditation. C’est une réflexion éclairée par l’Esprit. Au lieu de s’attacher aux faits et aux images matérielles, nous sommes invités à tendre, à partir d’eux, aux idées et aux réalités qu’ils évoquent. L’Ecriture ne suffit pas à faire connaître son sens, c’est l’Esprit qui nous le communique et Saint Grégoire affirme :« Les Paroles de Dieu ne peuvent absolument pas être pénétrées sans sa Sagesse : car si quelqu’un n’a pas reçu l’Esprit de Dieu, il ne peut d’aucune manière comprendre les paroles de Dieu . » D’où l’importance de l’invocation à l’Esprit Saint quand on débute cette forme de prière, comme toute prière d’ailleurs !

La « lectio divina » est une attitude d’ouverture de notre coeur à plus Grand que nous. L’Eglise nous invite à une intelligence spirituelle des Ecritures, par un rapprochement des textes qui permettent de les éclairer les uns par les autres et de dévoiler le sens profond qu’ils reçoivent du Christ, comme nous l’avons vu précédemment. Il est bon d’être attentif, dans notre Bible, à tous les rapprochements indiqués en marge. Cela nous permet d’enrichir notre lecture, de comparer les textes et de trouver les harmoniques entre eux...
La Parole vit en nous et s’enrichit de ces résonances, de ces harmoniques ainsi que des autres passages déjà mémorisés.
Et l’on s’aperçoit peu à peu que l’intention l’intention des Ecrits inspirés est de nous offrir la révélation de la volonté de Dieu à notre égard.

C’est que la « rumination » de la Parole a comme effet de nous faire découvrir ce que le texte divin a à nous dire et Cassien (350-432 env ) dit : « Le sens des mots ne nous est pas découvert par une explication, mais par l’expérience que nous en avons faite. Instruits par ce que nous sentons nous-mêmes, ce ne sont pas des choses que nous avons apprises par ouï-dire, mais nous en palpons pour ainsi dire la réalité pour les avoir perçues à fond. »
Pour parvenir à cette expérience, il nous faut mastiquer la Parole, la « ruminer »,car elle est vraiment une nourriture. Ces termes disent bien que nous devenons ce que nous mangeons. Il faut manger spirituellement l’Ecriture, alors elle devient ainsi nourriture et breuvage dans cette réflexion priante. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Par respect pour cette Parole de Dieu, «  Il nous faut revenir au texte, en répéter les paroles et les graver profondément dans notre coeur ». Alors la mémoire peut intervenir. Cette mémoire, c’est celle du coeur, celle qui est emplie d’action de grâces pour l’ensemble du mystère du Christ, découvert et approfondi dans la Parole de Dieu. « Le souvenir des merveilles de Dieu » dont parle St Basile ( 329-379 ) entraîne la vraie méditation et nous offre la révélation objective du vouloir divin à notre égard.

Selon Cassien , comme pour Saint Thomas, l’Ecriture a 4 sens différents :

  • le sens historique ou littéral,
  • le sens allégorique ou christologique,
  • le sens moral ou anthropologique,
  • le sens eschatologique.

Par exemple, la ville de Jérusalem, représente une réalité historique , c’est la ville des juifs . Cette ville sur laquelle Jésus pleure et qui persécute les prophètes. (sens littéral) Elle devient figure de l’Eglise, la cité du Christ, Prince de la paix, dans laquelle nous entrons par le baptême (sens allégorique). Puis elle peut être encore la figure de l’âme chrétienne, cette Jérusalem que nous voulons être pour accueillir Jésus ou pour être lieu de paix pour les autres (sens moral) et enfin elle peut être la Jérusalem céleste à laquelle nous sommes destinés, à la fin des temps (sens eschatologique).
Il est bien évident, qu’il n’est pas nécessaire de réfléchir sur les quatre sens que peut prendre l’Ecriture, mais ces différentes acceptions s’enrichissent les unes les autres. En cela, il faut être attentif à ce que nous suggère l’Esprit.

Alors que la « lectio » nous fait envisager le sens littéral, la « meditatio » ouvre sur les autres sens plus spirituels. Et peut se développer ainsi devant nos yeux, toute la richesse de la Parole de Dieu. Nous sommes invités à saisir par l’intelligence un peu de « la largeur, la longueur et la profondeur, en un mot l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance. » Car le Christ est à découvrir dans tous les livres de la Parole de Dieu et c’est une partie de notre recherche amoureuse, lors de la meditatio. Nous savons bien que toute l’ Ecriture est un seul livre et ce livre c’est le Christ, parce que toute l’Ecriture parle du Christ et s’accomplit dans le Christ.
Saint Augustin( 354-430 ) résume ainsi l’unité des Ecritures :  « Dieu, qui est l’inspirateur et l’auteur des livres de l’un et l’autre Testaments, a fait, avec sagesse, en sorte que le Nouveau Testament fût caché dans l’Ancien et que l’Ancien Testament fût dévoilé dans le Nouveau. »
Ainsi la Parole de Dieu nous parle, plutôt Dieu lui même nous parle. Il nous dit le Christ, et Il nous dit et nous demande ce qu’hier Il ne nous disait pas, ne nous demandait pas encore.. Alors de celui qui écoute, qui cherche, qui médite en son coeur, nous devenons celui qui répond au Créateur.

Et c’est la 3è phase selon Guigues l’oratio .
La prière jaillit alors comme un élan du coeur vers le Seigneur, dont la beauté, la bonté, la générosité a été pressentie dans la méditation : c’est le désir ardent de la visite de l’Epoux.
Tout ce qui a été vécu jusqu’à cette étape est déjà prière, approche de Dieu, bien sûr, mais c’est à ce stade que le priant doit en prendre conscience et se tenir plus que jamais disponible. L’oraison est la réponse d’amour que le Fils lui-même adresse au Père, au fond de notre coeur dans l’Esprit Saint. « Cherche à ne rien dire sans lui, dit Saint Augustin, et lui ne dira rien sans toi ». Nous vivons, à ce moment, l’expression la plus pure de la vie de l’Esprit en nous. Elle nous conduit à la paix, parce qu’elle nous introduit dans la plénitude trinitaire.

Il nous faut être conscients que la Parole de Dieu nous donne les mots mêmes que nous devons adresser à Dieu. Et il est bon, lorsqu’on prie, de reprendre ces mots de Dieu. Pouvons-nous en trouver de meilleurs ?
C’est bien ce qu’ont fait Marie, Zacharie, Siméon avec leurs cantiques tout émaillés de formules de prière de L’Ancien Testament....
A propos du Notre Père, Cyprien au 3è siècle, nous exhorte : « Implorer Dieu par ses propres paroles, c’est lui adresser une prière qu’il trouve aimable et filiale...que le Père reconnaisse les paroles de son Fils lorsque nous prions... » Les Pères de l’Eglise conseillent aussi fortement de prier avec les psaumes et Saint Augustin dit « Si le texte est prière, priez, s’il est gémissement, gémissez, s’il est reconnaissance,soyez dans la joie, s’il est un texte d’espérance, espérez... Toutes ces choses en effet qui sont écrites ici, sont le miroir de nous-mêmes. » On entre ainsi en conversation avec Dieu, dans l’esprit et l’attitude du texte. La Parole est venue à nous et maintenant elle retourne à Dieu sous forme de prière. Ecoutons encore Augustin : « Ton oraison est conversation avec Dieu. Quand tu lis, Dieu te parle, quand tu pries, tu parles à Dieu. »
Point n’est besoin d’en dire plus sur cette étape qui varie d’une personne à l’autre. Mais il est sûr que la «  lectio divina  »est un moyen pour arriver à ce moment de la prière, qui en est l’aboutissement.

Pourtant il faut encore dire un mot de l’étape qui est la Contemplation.
Il est un moment où dans l’oraison, nous sommes invités à faire silence, et, dans n’importe quelle attitude, et par un simple élan de l’âme, nous prosterner pour adorer. La prière devient alors simple regard.
C’est l’accomplissement de la prière, la plénitude vers laquelle tend « l’oratio », mais il est impossible d’y accéder par nos propres forces, car c’est un don gratuit. C’est un amoureux attachement de l’homme à Dieu ; une sorte de conversation familière et affectueuse, l’âme illuminée se tient tranquille, pour jouir de Dieu aussi longtemps que cela est possible. « C’est un regard sur Dieu seul, écrit Cassien, un grand feu d’amour. L’âme s’y fond et s’abîme en la sainte dilection et s’entretient avec Dieu, comme avec son propre père, très familièrement, dans une tendresse de piété toute particulière... ». Il est clair qu’il n’est plus possible de réfléchir, de méditer, quand on est en présence de Dieu seul.

Mais ce n’est pas toujours que l’on peut percevoir sensiblement en nous ce « coeur brûlant » et Saint Augustin nous rassure : « C’est d’une manière cachée que Dieu parle, c’est dans le coeur qu’il dit beaucoup de choses ; une grande sonorité se produit là, dans le grand silence du coeur, quand il dit d’une grande voix : c’est moi ton salut. » et pour nous aider encore quand Dieu se tait, il dit : « Veux-tu être exaucé ? Sois pauvre. Que ce soit la détresse et non le ressentiment qui crie en toi. »
Car la contemplation comme la consolation est une grâce que nous accueillons avec reconnaissance, mais nous savons bien que ce ne peut pas être la mesure de notre prière. Même la contemplation peut se vivre dans l’aridité... et c’est fréquent d’après les Pères, alors il est bon qu’elle se transforme en simple offrande à Dieu en abandon de l’amour.
Mais nous sommes faits pour Dieu pour partager sa vie et c’est ce que nous rappelle Saint Irénée ( mort vers 200 )  :« Il est impossible de vivre sans la vie, et il n’y a de vie que par participation à Dieu et cette participation consiste à voir Dieu et à jouir de sa plénitude... la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu Si déjà la révélation de Dieu par la création donne la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation de Dieu par le Verbe, donne-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu ».
Les mots « déification » , « divinisation » sont souvent employés par les Pères de l’Eglise d’Orient. Ce n’est jamais une identification à Dieu, mais plutôt la participation à la vie divine à laquelle nous sommes conviés. Dans l’Eglise d’Occident on dit plutôt « sanctification ».

Pour terminer je voudrais laisser encore la parole à Origène qui exprime bien l’enjeu de cette fréquentation de l’Ecriture, telle qu’elle peut se faire dans la « lectio divina » : « Tout est mystère de ce qui est dans l’Ecriture. Le Christ veut te fiancer à lui, toi aussi. Voulant donc te fiancer à lui, il t’envoie ce serviteur : la parole prophétique ; sans l’avoir d’abord accueillie, tu ne pourras pas épouser le Christ. Sache cependant que sans exercice et sans connaissance, personne n’accueille la parole prophétique ; en revanche, l’accueille celui qui sait tirer l’eau du puits... » Il fait allusion ensuite aux mariages des patriarches, Jacob et Isaac, contractés auprès du puits. Ce n’est pas par hasard, dit-il et il ajoute : « Cette union de l’âme avec le Verbe, il est certain qu’elle ne peut se réaliser que si on se laisse instruire par les livres divins, auxquels figurativement, l’Ecriture donne le nom de puits. Quiconque vient à ce puits et en tire de l’eau, c’est à dire méditant l’Ecriture, perçoit un sens et une signification plus profonde, celui-là trouvera des noces dignes de Dieu, car son âme sera unie à Dieu. »


J’ai tenté maladroitement de vous faire pressentir ce que j’ai déjà éprouvé en pratiquant la «  lectio divina  ». J’espère que je vous en ai donné l’envie, si vous n’avez pas encore essayé. Mais je peux dire que, même si il y a encore beaucoup de chemin à faire, c’est déjà un grand bonheur. Laissons nous convaincre par l’enthousiasme des Pères. Ils sont des guides sûrs.

Sr Magdeleine

Notes

[1(Frères François et Pierre Yves, Méditation de l’Ecriture Bellefontaine p 53-54.)