les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

Accueil > Espace prière > Textes pour prier > Le lavement des pieds

Le lavement des pieds


Méditation sur le lavement des pieds dans l’Evangile Selon de Saint Jean


Dans ce texte se trouve comme symbolisé, concentré tout le visage de Dieu, tout ce qu’Il est, tout ce qu’Il fait pour nous.
Jésus est au soir de sa vie : moment grave où tout se concentre, tout prend du poids.
En ces dernières heures, il a voulu livrer à ses disciples l’essentiel de ce qu’il est venu nous dire, son Testament, la profondeur de Dieu...
Il nous faut simplement regarder pour chercher vraiment qui est Dieu.

Ж - Ж - Ж

« Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême.
Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait jeté au coeur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer,
sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu,
Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint.
Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! »
Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu ne peux pas avoir part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, non pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Celui qui s’est baigné n’a nul besoin d’être lavé, car il est entièrement pur : et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. »
Il savait en effet qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il dit : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ?
Vous m’appelez le « Maître et le Seigneur » et vous dites bien, car je le suis.
Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ;
car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. »

Evangile selon Saint Jean au chapitre 13 versets 1 à 15. (TOB)

Ж - Ж - Ж

MEDITATION

Saint Jean marque son texte de gravité. La première phrase est une introduction solennelle qui résume tout :

  • Avant la fête de la Pâque » : la fête du grand passage, celui de l’exil à la liberté. C’est ce passage que Jésus va vivre totalement lui-même pour que nous puissions le vivre en Lui :« passer de ce monde au Père. »
  • « Ayant aimé les siens...Il les aima jusqu’au bout » : tout est dit de Dieu. Dieu aime les siens qui sont dans le monde. C’est par amour que Dieu s’est fait homme.
    C’est par amour qu’il est venu dans le monde rejoindre notre humanité. Dieu aime depuis toujours et il aime « jusqu’au bout. » : jusqu’au bout de sa vie, en donnant sa vie jusqu’au bout : en les aimant jusqu’au bout de leur vie, jusquà la fin de toute vie...

    Tout cet amour, toute la façon dont Dieu aime, tout ce qu’Il est va s’exprimer dans un geste :

  • Geste fait au cours d’un repas : moment humain caractéristique, moment de partage, d’intimité...
  • « Alors que le diable avait jeté au coeur de Judas Iscariote, fils de Simon la pensée de le livrer » : ce détail pour nous signifier que Jésus va aussi s’agenouiller devant Judas, celui qui le livre. Le Christ vient vraiment chercher et sauver tout être humain, proposer son salut au plus égaré, lui dire aussi qu’il est aimé.
  • « Sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’Il est venu de Dieu et retourne à Dieu... » : phrase d’un poids immense. Tout geste de Jésus révèle le Père, le visage de Dieu.
    Le Père a tout « dans ses mains ». Jésus est venu en notre humanité, Lui qui est Dieu, Il a pris cette humanité en Lui, et, avec elle désormais, Il retourne à Dieu. Nous sommes en Dieu pour toujours dans le Christ qui nous a pris en Lui : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ ».

    Epître aux Romains chapître 8, versets 38 et 39

    Ж - Ж - Ж

    Après cette introduction grandiose, majestueuse, il reste la simplicité du geste. Contraste entre ce qui vient d’être dit et la pauvreté d’une attitude humaine.
    Jésus vient justement révéler à l’homme sa dignité et sa grandeur. Il choisit de le faire à travers le geste de l’esclave.

    Majesté encore dans la manière dont le geste est préparé, annoncé : « Il se lève de table, dépose son vêtement... » Chez Jean, tout mot a, à la fois, le sens habituel et un sens plus profond, symbolique. On peut voir, ici, résumé tout le mouvement de l’Incarnation.
    Saint Paul le dit de façon analogue dans l’épître aux Philippiens : « Jésus ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais Il se dépouilla lui-même, prenant la condition d’esclave, se rendant semblable aux hommes ». (Ph chapître 2 versets 6 et 7)
    Jésus au sens propre, se met ici au rang de l’esclave : geste qui leur était réservé lorsque le maître rentrait. Geste le plus humble, accompli d’ordinaire par celui qui n’a pas de place dans la société autrement que pour servir et exécuter les basses besognes. Du coup ce geste acquiert une dignité, une majesté.

    Avec l’évangéliste, à travers ces mots, sa lente description de chaque geste, prendre le temps de regarder Jésus.
    Le visage de Dieu se révèle ici à moi dans une telle profondeur que je n’en aurai jamais fini de connaître l’amour de Dieu.

    En Jésus, Dieu pour moi s’est fait homme. Il m’a rejoint dans mon humanité. A présent, il va plus loin et se fait mon esclave. Devant moi, il s’agenouille et me demande la permission de m’aimer, de me servir, de me sauver. Il me révèle ma dignité en se mettant plus bas que moi : « De riche, Il s’est fait pauvre afin de nous enrichir de sa pauvreté. » <( Deuxième épître aux Corinthiens chapître 2 versets 8 et 9)
    La liberté d’accepter ou de refuser ce Dieu et son salut demeure. Pierre comprend que c’est le monde à l’envers : Jésus, le maître, à cette place ! Et il s’insurge. : « Seigneur, toi, me laver les pieds ! Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! »
    Jésus fait doucement comprendre à Pierre qu’au fond, il n’a pas encore compris qui est vraiment Dieu :« Tu ne sais pas à présent ; par la suite, tu comprendras. »
    Par la suite, Pierre comprendra que Jésus, par amour pour lui, est allé jusqu’à la mort de la croix, que Jésus est mort pour lui, mort pour moi. « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
    Dieu est venu nous chercher, est venu chercher chacun d’entre nous, « Il a pris sur lui nos blessures, il s’est chargé de nos maladies, » [1] pour que nous soyons avec Lui.

    Nous désirons approfondir notre relation à Dieu, le chercher. Mais bien plus, c’est Dieu qui nous cherche, nous désire, nous attend.
    Nous sommes toujours tentés de faire Dieu à notre mesure. Ainsi Pierre, dès que Jésus a parlé, veut-il garder la maîtrise et passe à l’extrême inverse : « Pas seulement les pieds, mais aussi les mains, la tête... » Mais Jésus lui rappelle la vraie mesure qui est douceur et humilité, les pieds suffisent. Pierre sera pur tout entier si Jésus lave ses pieds.
    « Vous aussi, vous êtes purs... » Parole qui est dite aussi pour moi : au jour de mon baptême, le Christ m’a fait entrer dans sa mort et sa résurrection. Il m’a pris en Lui. Si je veux, il m’est proposé de vivre plus à fond ce baptême.
    La vie chrétienne est ainsi, chaque jour, la possibilité qui m’est offerte de reprendre le don du baptême pour en vivre davantage. Pour être pur, il faut simplement accueillir ce salut que donne le Christ. Je peux le refuser. Ma liberté demeure : « Il savait en effet qui allait le livrer... »

    Les versets suivants sont un nouveau regard sur tout le geste de Jésus, une fois celui-ci achevé. ( Une relecture par Jésus lui même qui en révèle le sens) .
    Jésus est vraiment le Maître et Seigneur : « Car je le suis »
    et, si donc, il s’est mis au rang d’esclave, nous lavant les pieds, c’est à la fois pour que nous comprenions qui est vraiment ce maître là, un Dieu qui aime l’homme au point de le servir, et que nous nous mettions à son école :« Pour que vous fassiez vous aussi ce que j’ai fait pour vous. »

    Programme proposé pour toute une vie, toute la vie chrétienne : entrer dans ce mouvement du Christ, le contempler longuement, lui qui nous aime et le manifeste ainsi, afin d’entrer dans son mouvement d’amour.
    Par amour pour Lui, devenir serviteur : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui de condition divine... » ( Epître aux Philippiens chapître 2)
    Invitation à entrer dans la vie même de Dieu en le contemplant, serviteur, et en devenant son disciple.

    Auteur inconnu 1997

Notes

[1Livre d’Isaïe chapître 53,verset 4