les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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Pour le partage, rompre la parole...

|J’ai devant moi le livre d’Ezéchiel 47. Je l’ai lu et relu. Les images me bouleversent. Tout d’abord le Temple est "tourné vers l’orient," vers le soleil levant, la Lumière. | |

| Tourné vers…
Ce sens d’être » tourné vers » me parle beaucoup - comme le Verbe est vers le Père au 1er chapitre de Jean. C’est si facile pour moi de laisser mes inquiétudes et surtout mon égocentrisme me replier sur moi, me regarder au lieu de tenir mon coeur vers Celui qui est la Source vivante de ces eaux qui descendent "de dessous le côté droit du Temple."

| Naissance et nourriture…
C’est aussi Jean qui dit que lorsque le soldat a percé le côté de Jésus, "il sortit aussitôt du sang et de l’eau"(image magnifique de la naissance et de la dimension féminine de Jésus). C’est donc de ce coeur que coulent les eaux infranchissables qui nourrissent les arbres pour qu’ils produisent chaque mois des fruits nouveaux qui deviennent à leur tour nourriture.
Et ce rythme de mesurer et mesurer, de recevoir et donner, toujours avec un accroissement inattendu !|

Être rompu…
C’est beau de regarder ce partage comme une contribution à rompre la parole comme on rompt le pain. Pendant une liturgie le prêtre a rompu le pain avant de le consacrer, chose que je n’avais jamais vue. Pourtant j’en fus très émue en réfléchissant qu’il faut être rompu avant d’être consacré, avant de participer pleinement au mystère pascal de Jésus, j’ose dire avant de devenir Jésus dans notre milieu concret. Ce fut sans doute une grâce providentielle parce que peu après mon retour chez moi, j’ai eu le coeur rompu avec le départ d’A... Quel effort de me tourner et me retourner vers Le Père, vers le soleil qui veut se lever du fond de mon âme afin d’illuminer ma vie. Peu à peu je me rends compte que, plus je suis plantée en Lui, plus il peut faire de moi ces eaux abondantes, cette nourriture, ce lait.
Là aussi il y a un rythme humain : je me trouve souvent tournée vers moi mais toujours, toujours j’entends sa voix qui m’invite à me retourner vers Lui.

| | Comme un arbre…
Je commence cette nouvelle semaine avec un passage de la liturgie du dimanche : "Béni l’homme qui se confie en Yahvé. . .Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert ; dans une année de sécheresse il est sans inquiétude et ne cesse pas de porter du fruit" (Jer 17). Ma prière est simple : que mes racines (mon coeur, mes idées, mes projets, mes désirs) tendent vers le courant, vers Celui qui est la Source. Je prie pour l’humilité et pour la foi qui me permettent de vivre sans inquiétude à travers des saisons de sécheresse et de plénitude !
Je tombe ce matin sur le ps. 80 : "Il était une vigne . . . elle étendait ses sarments jusqu’à la mer. " Invitation répétée de me tendre vers les eaux vivantes, vers la Source, vers le Père. Invitation de vivre vers ! |

Fragilité…
Peu après le temps de courage extérieur après la mort de G… j’ai fait face à ma fragilité. En regardant en arrière aujourd’hui je sais que ce fut ma fragilité et pas mon courage qui m’a menée davantage vers le Seigneur. J’ai tout doucement appris que les eaux qui semblent monter jusqu’à m’engloutir étaient vraiment les eaux qui arroseraient mon âme afin que je puisse produire "chaque mois des fruits nouveaux… qui sont une nourriture." C’est aussi pendant ce temps-là que j’ai trouvé le passage de Genèse où Dieu demande à Abraham de quitter son pays, de tout lâcher, pour aller vers l’inconnu. La promesse de Yahvé reste comme un leitmotiv de ma vie : "Je te bénirai ; je ferai de toi une bénédiction".

Ouvrir…
Rompre la parole porte pour moi un sens profond. Comme le pain rompu, il faut que nous soyons rompus. Je comprends ici rompre comme ouvrir, pas écraser. Et ouvrir veut dire révéler ma fragilité et aussi mes dons… toute ma réalité. Si j’ose rompre la parole il faut que ça vienne de ma fragilité qui me mène chaque jour aux eaux qui coulent du côté droit du Temple, les eaux d’amour qu’on n’arrivera jamais à mesurer. Tendus vers la Source, plantés au bord des eaux vivantes, nous devenons peu à peu enracinés, fondés dans l’amour, comme dit St. Paul. C’est inouï ce qu’il nous dit : "Ainsi vous recevrez la force de comprendre la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu" (Eph 3).

Vérité…
Les personnes qui ne parlent que de choses très spirituelles sans jamais admettre les difficultés ne m’inspirent pas. La personne avec qui je veux marcher sur la route vers le Père, la main dans la main, c’est celle qui dans la simplicité et l’humilité avoue que parfois la vie est vraiment difficile et qu’elle n’arrive pas à toujours sentir la présence du Christ ni à toujours rayonner son amour et sa joie. C’est si pénible de ne pas sentir la joie du Christ ressuscité. C’est un acte de foi. C’est toujours une vraie agonie de vouloir vivre la parole de Jésus :"aimez-vous les uns les autres," au quotidien, dans le milieu concret où nous nous trouvons et avec les psychologies individuelles.

Libérée…
| |Une journée de retraite le mardi avant Pâques m’a bien renouvelée. Les femmes qui y viennent me remercient toujours mais c’est vraiment moi qui suis pleine de gratitude. A la fin de la veille de Pâques, on a chanté un chant traditionnel dont le refrain dit : "Par ses souffrances il a racheté toutes nos pertes." Chaque année j’ai des larmes qui montent aux yeux. Il y a 18 ans que, le jour de Pâques en entendant chanter ce chant, le Seigneur m’a donné une grâce profonde. Je souffrais trop à cause de tout ce que j’ai perdu. Je dis que je souffrais "trop" parce que je me regardais. Alors Jésus m’a fait comprendre qu’Il a tout racheté, que tout fut pardonné et qu’il faut Le regarder qui m’aime avec une tendresse et une joie qui dépassent toute compréhension. Dès que je l’ai regardé qui "exulte pour moi de joie," qui "tressaille dans son amour" et qui « danse pour moi avec des cris de joie" (Soph. 3) je n’ai jamais plus connu la culpabilité. Il m’a vraiment libérée. |

Partage :Marian
Tableau : Maï-Thé