les soeurs ne porteront pas de grands flambeaux qui jettent un jour brillant sur l’Eglise, mais elles porteront de petites lampes ...

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Souvenirs d’enfance sur la vie spirituelle

Nous devions avoir quatre ou cinq ans et nous détestions tant l’école que Maman avait imaginé de nous acheter de petits bureaux à notre taille dont elle espérait qu’ils nous rendraient studieux.

L’autre jour, avec le groupe franciscain, nous avons échangé sur notre vie spirituelle et au fil du partage, nous en sommes venus à évoquer des moments d’enfance où avait pu commencer une intimité avec Dieu.
C’est ainsi que je me suis rappelé une anecdote restée dans ma mémoire.

Nous devions avoir quatre ou cinq ans et nous détestions tant l’école que Maman avait imaginé de nous acheter de petits bureaux à notre taille dont elle espérait qu’ils nous rendraient studieux.
Nous avons été ravis et plein d’ardeur, au départ, pour ranger chacun tous nos trésors dans ce bureau qui avait un couvercle rabattant et même un trou pour l’encrier, à encre violette, bien sûr !

Nous étions enthousiasmés, sans avoir grande envie de travailler. Avec les bureaux, il y avait de petites chaises sur l’assise desquelles était dessiné un gros chien.
Il était blanc, avec un bout de queue noire. Je ne sais comment cette chaise est devenue mon lieu de prière :
Tous les soirs, je m’agenouillais pour prier aux intentions multiples qui étaient les miennes. Ce devait être en 1928, la guerre 14-18 n’était pas loin. Papa, inlassablement, nous racontait Verdun, le froid, la casemate, la peur. Cette anéee là, il y avait eu de grandes inondations et l’été des feux de fôrêts et de garrigue. Ces pensées là me terrifiaient et le soir j’imaginais des catastrophes...où je n’arrivais pas à fuir.

Aussi, agnenouillée sur ma petite chaise à chien, je commençais à demander « mes grâces. » D’abord, « les grandes » : pas de guerre, pas de feu, pas d’inondation. Puis venaient « les simples » : tous les membres de la famille, enfin ce qui me concernait et concernait mon frère.

Ce moment était sacré pour moi et le soir personne ne prenait « mon chien. » Ensuite, ma nuit était calme, en attendant le baiser de Maman qui se faisait toujours très discret et tendre. elle disait à mon frère « Mon poulou », mot de grande douceur que je goûtais aussi, avec son accent toujours chantant de soleil.

Soeur Marie Laetitia